Aujourd’hui, nous allons à l’ONU. A 9h30, nous rencontrons Victoria Tauli Corpuz, Rapporteuse spéciale sur les droits des peuples autochtones. Son travail est colossal, vu qu’elle doit s’occuper de tous les problèmes des peuples autochtones du monde entier, mais les moyens mis à disposition par l’ONU ne sont pas du tout suffisants. En tant que Rapporteuse spéciale, elle peut néanmoins faire des rapports et diffuser des communiqués de presse. Par contre, elle peut uniquement visiter des pays sur invitation du gouvernement correspondant et pas tous les pays n’y accèdent. Elle s’est rendue au Brésil il y a un peu plus d’un an et a déjà clairement alerté sur la détérioration des droits des autochtones dans ce pays. La Rapporteuse, plus connue comme Vicky, est choquée par la vitesse vertigineuse à laquelle la situation des droits des autochtones s’est dégradée depuis que le Parlement a octroyé la présidence à Temer, sans élection populaire, suivant la destitution de Dilma Rousseff presqu’un an en arrière. Sous le président Temer, la délimitation des territoires des autochtones s’est arrêtée et leur statut de protection va être drastiquement affaibli, afin que les réserves indigènes puissent être ouvertes à l’extraction de matières premières et à la construction de barrages ainsi qu’à d’autres formes d’exploitation. La protection des autochtones prescrite par la Constitution du Brésil, en soi très progressiste, serait ainsi vidée de sa substance.

Vicky souligne l’importance des faits concrets pour son travail. Elle a besoin de s’appuyer sur des documents écrits élaborés sérieusement, afin de pouvoir faire pression sur les gouvernements. En même temps, il s’agit là d’un des plus grands défis, vu que la plupart des cultures autochtones se basent sur une transmission orale. Etablir des papiers et calculer des chiffres pour les « Blancs » ne fait donc pas partie de leurs habitudes. Pourtant, c’est exactement ce qui est nécessaire pour convaincre les institutions et les médias, d’où l’importance d’une collaboration avec les organisations non gouvernementales pour poser les fondements qui permettent d’exercer une pression au niveau politique.

Nous visitons les bureaux du Rapporteur spécial sur les droits de l’homme et de l’environnement, et du Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l’homme. Partout nous rencontrons des gens très intéressés qui vont tenir compte de nos informations dans leur travail. En même temps, nous nous rendons compte des limitations du pouvoir de l’ONU. Ses institutions, hormis quelques exceptions comme le Conseil de sécurité, n’ont pratiquement aucun pouvoir et doivent se contenter d’études, de communications et d’appels. Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme actuellement en fonction, Zeid Ra’ad Al Hussein, est un homme extrêmement courageux, qui s’exprime directement et critique l’ensemble des gouvernements, encourageant ainsi les rapporteurs spéciaux à émettre des critiques claires. Mais les gouvernements, qui sont les membres de l’ONU, donnent bien trop peu de pouvoir aux institutions onusiennes, afin de limiter autant que possible la perte de leur souveraineté.

Antti Korkeakivi, responsable de la Section des peuples autochtones et des minorités, confirme notre impression. Il corrobore la grande faiblesse de l’ONU et nous donne des conseils pratiques pour pouvoir quand même tirer parti de ses institutions.

Nous visitons le Mécanisme d’experts, où des dizaines de représentants des peuples autochtones adressent leurs critiques et problèmes, et nous échangeons avec la personne responsable pour l’Amérique du sud.

Nous quittons l’ONU avec des sentiments mitigés. Le pouvoir limité pour s’imposer dont disposent les institutions onusiennes nous déçoit. En même temps, l’engagement des personnes nous réjouit. Avec de nouvelles connaissances pour faire usage des institutions des Nations Unies, nous nous retrouvons pour un souper à la campagne, avant de retourner très fatigué-e-s à l’appartement.