Les impressions des derniers jours à Demini nous collent à la peau. Au début, notre « civilisation » nous a semblé bien lointaine ; toutes ces voitures, tout ce stress, tout ce bruit. Un petit détail, toutefois : pendant notre séjour à Demini, nous n’avons jamais connu de problèmes de santé, mais de retour à Boa Vista, c’est l’indigestion après le dîner.

Le vol de retour en Suisse est très fatigant, mais se passe sans encombre. A l’aéroport de Genève, nous sommes accueillis par Thomas Pizer de l’ONG Aquaverde et par Arildo, Agamenon et Mipiry, représentants de la tribu Paiter Suruí. Pour la première fois, les Yanomami rencontrent les Suruí. L’accueil est chaleureux et il s’avère que Davi et Arildo s’étaient en fait déjà croisés lors d’une réunion à Brasilia.

Nous nous dirigeons vers l’appartement qui nous hébergera et, le soir, nous nous retrouvons à l’ONU pour recevoir les badges d’accès au Mécanisme d’experts sur les droits des peuples autochtones. Nous avons expressément choisi de venir à l’ONU pour ce Mécanisme où cinq experts indépendants se réunissent pendant une semaine, une fois par an, pour discuter des problèmes des peuples autochtones à travers le monde et proposer des mesures. Par ailleurs, des représentants des peuples autochtones du monde entier y participent afin de présenter eux-mêmes leurs demandes. Victoria Tauli Corpuz, Rapporteuse spéciale sur les droits des peuples autochtones et donc l’instance suprême au sein de l’ONU dans ce domaine, est également présente durant cette semaine. Les badges nous donneront accès aux personnes et institutions pour y soumettre les problèmes des autochtones de la forêt amazonienne.

Le soir tombe et l’épuisement du voyage se fait sentir, nous allons donc au lit de bonne heure.

 

Blog 14 : « Qui ne doit rien, ne craint rien, aussi face à une caméra »

Une journée folle nous attend. Les autochtones souhaitent s’entretenir avec les entreprises qui se fournissent en or et qui le transforment. Argor Heraeus, l’une des principales raffineries d’or au monde, se dit prête à rencontrer notre délégation. Nous prenons la route dans un minibus et, vu que le voyage est long, y passons une bonne partie de la journée. A Mendrisio, nous sommes chaleureusement accueillis. On nous montre le processus du raffinage de l’or, puis nous discutons des problèmes des autochtones. La position d’Argor Heraeus est claire : ils ne se fournissent pas et ne se fourniront jamais en or provenant des régions controversées. Les régions, telles que Madre de Dios au Pérou, ou un approvisionnement en or provenant des territoires autochtones, sans l’accord des autochtones, sont pour eux hors de question. Ils nous expliquent comment ils effectuent le contrôle du devoir de diligence, mais la question de la transparence demeure un sujet de discorde. Même si l’entreprise admet que l’origine de l’or prend de plus en plus d’importance, ils ne sont pas prêts à révéler les noms de leurs fournisseurs. Le refus de l’entreprise de nous laisser filmer la rencontre est également incompréhensible. Qui ne doit rien, ne craint rien, aussi face à une caméra. Argor Heraeus, ou plutôt son nouveau propriétaire Heraeus en Allemagne, qui n’avait auparavant qu’une participation dans cette entreprise, semble toujours sous le choc de la plainte déposée contre la raffinerie pour le traitement d’or sale en provenance du Congo. Argor Heraeus pourrait vraiment bénéficier d’un meilleur conseil en ce qui concerne l’ouverture et la transparence lors du règlement de problèmes.

Nous considérons néanmoins cette rencontre comme une petite avancée permettant de soulever les problèmes et d’envisager des solutions, et nous espérons, en conséquence, pouvoir bientôt progresser dans la discussion autour de la transparence.